Voyage à Montréal

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Voyage à Montréal
Les cônes de travaux sont l'emblème non officielle de Montréal

J'ai eu pas mal de retard de blog ces dernières semaines, et ce jeudi soir je suis dans le train pour Montréal, ce qui me laisse du temps pour écrire, donc je prends un peu d'avance ! D'ailleurs ce train, c'est une expérience ! Départ de Jonquière à 22h50, arrivée prévue à Montréal vers 9h… une loco, un wagon bagages, un wagon voyageurs. Je comprends pas trop comment ça peut être rentable. Enfin je dis ça et je crois pas que les trains doivent être rentables, mais ça semble être une anomalie dans ce pays où il y a très peu de transport en commun…

Lundi - Charlevoix

Je profite de mon séjour chez les copains pour faire des journées relax. Ce lundi, je n'ai pas fait grand-chose. La météo est grise, il fait humide. Je dessine un peu, je lis, on joue au Monopoly Deal — une version carte du Monopoly que Berthier et Karine adorent. J'ai une petite visio pour organiser ma conférence de mercredi. Le reste de la journée se passe tranquillement.

Je reçois les scans de mes nouveaux films et les photos des fans d'Angine de Poitrine sont réussies... j'avais peur de recevoir un film vide ou flou, ce qui arrive parfois avec un nouvel appareil ! J'en fais un post Insta. C'est vraiment agréable d'avoir une journée un peu chill.

Mardi - sur la route

Aujourd'hui j'ai décidé de rentrer au Saguenay. Berthier m'a proposé de me prêter sa voiture : une vieille Jetta qui a quelques particularités. La porte conducteur ne se ferme que si on fait l'une de ces deux choses : soit frapper au niveau du mécanisme avec une hache que Berthier garde à portée de main, soit actionner quelques fois le verrouillage centralisé (je préfère la seconde option, plus discrète en public). Il y a aussi des codes d'erreur à ignorer sur le tableau de bord, sauf celui qui indique EPC… qui va de pair avec une baisse de régime du moteur. S'il apparaît, il faut se mettre sur le côté et redémarrer le véhicule. Je suis pas trop rassuré au départ et le fameux code d'erreur apparaît après quelques kilomètres. Heureusement, après la pause conseillée, tout se remet en ordre.

Je fais un petit ravitaillement à Baie-Saint-Paul et puis j'attaque la traversée du parc des Grands-Jardins. Il fait gris avec un peu de bruine, mais le paysage est superbe, tout en montées et descentes, plein de lacs et de montagnes. Je fais une pause sur une aire de picnic décorée de sculpture sur tronc à la tronçonneuse.

Arrivé à Bang, je m'occupe de préparer mon cours de mercredi et de me mettre à jour sur le blog.

Mercredi - conférence en ligne

J'ai rencontré Johnathan à Tallinn en octobre. Il a enseigné dans plusieurs universités à New York. Je lui avais parlé du projet d'intégration qu'on a réalisé au Grand Hôpital de Charleroi et il m'a invité à en parler dans le cadre des cours qu'il donne pour le Design Studies Institute. Je sais que je maîtrise le sujet, mais je suis quand même un peu stressé de le faire en visioconférence et en anglais. En plus, depuis la veille, on a des soucis de stabilité de connexion internet (il y a des pannes d'électricité à intervalles réguliers).

Il y a peu de participants au final, une petite dizaine — dont Ela, une ancienne étudiante de St-Luc qui a vu l'info sur mon Insta — et je suis relax, ça se passe bien. Au milieu de la conférence la connexion internet tombe complètement en panne et je dois utiliser la 4G de mon téléphone pour me reconnecter… mais malgré ça tout se passe bien et les retours sont bons.

Je consacre le reste de la journée à mettre en page un zine avec les photos des fans d'Angine. J'espère qu'il arrive à temps pour le festival, je le fais livrer chez Chloé à Montréal. Je vais aussi faire des impressions proofing de mes photos chez Bureau en gros.

Jeudi - vélo et valises

Je dois faire mes bagages pour mon départ à Montréal. Je suis content de retrouver bientôt Corinne mais comme souvent, j'ai un mal fou à me mettre à faire mes valises. Je finis par y arriver et puis je pense aller à Touttout dessiner un peu. Mais je reçois un message de Mathieu qui me propose d'aller rouler à vélo. Je lui réponds d'abord que j'ai d'autres plans, et puis je me ravise, un peu de mouvement me fera du bien. Je le retrouve en début d'après-midi chez lui. Je profite de sa pompe à pied pour remettre de l'air dans mes pneus.

On se met en route sur la piste vers Jonquière et on rejoint son amie Sheena après quelques kilomètres. Sheena est musicienne et s'est installée il y a quelques années au Saguenay — j'écoute un de ses disques en écrivant ce blog. Le vent souffle en plein contre nous et le ciel est très menaçant. On bifurque de la route que j'ai déjà prise pour essayer de s'abriter des bourrasques. Ce détour nous emmène dans des quartiers que je n'ai pas encore explorés, pleins de maisons aux architectures étonnantes (je ne prends pas de photos, mais j'y retournerai pour le faire !).

Arrivés à Jonquière, Sheena poursuit sa route vers un rendez-vous et Mathieu m'emmène boire un verre dans la microbrasserie où nous sommes allés avec Berthier et Karine l'autre jour. Il se met à pleuvoir et on prend notre temps, en attendant que le ciel se dégage. On attaque ensuite le retour avec une petite pause chez Élise. Comme à chaque fois, le retour est plus facile que l'aller sur cette piste cyclable. On a fait 40 km, juste bien pour se bouger un peu !

Je continue mes bagages, change les draps et range mes affaires à Bang, histoire d'avoir une chambre accueillante à mon retour. Mes nouveaux collègues Marilou et Richard me proposent de partager leur repas. On a enfin l'occasion d'échanger un peu (on s'est beaucoup croisés ces derniers jours sans avoir le temps de discuter plus longuement). Ils me racontent leurs expériences en Argentine et les mines d'amiante de leur village, en écoutant la nouvelle web radio country de Radio-Canada.

Après le souper, je finis mes bagages et je commande un Uber pour aller à la gare. Le chauffeur est un jeune Sénégalais venu étudier au Saguenay, le trajet est chouette, on discute, il me raconte comment il a fait pour venir étudier ici. Il me dépose à côté de la gare et je vais tuer le temps dans un bar situé juste en face. Il y a des gens un peu saouls et c'est bruyant. J'essaie de lire un peu, je n'y arrive pas.

À l'approche de l'heure du train je rentre dans le hall de la gare. Il y a une dizaine de voyageurs qui attendent dans un hall tout droit sorti des années 90. C'est très curieux à mes yeux de Belge, il y a un train par jour (et je pense pas tous les jours) et les arrêts se font sur demande, en fonction des besoins. Il semblerait qu'on puisse demander un arrêt au milieu du bois. Le train est tout petit, mais les marches pour y accéder sont hautes. J'aide une dame qui voyage avec son petit-fils à monter ses bagages, et puis on s'installe. Les consignes de sécurité sont prises au sérieux, l'accompagnatrice m'emmène pour me montrer comment ouvrir la porte en cas d'urgence. On ne verra pas grand-chose avant le lever du jour. J'essaye de dormir du mieux que je peux, au rythme des bruits de rails et du sifflet du train.

Vendredi - arrivée à Montréal

Le voyage continue. C'est long. Au final, on arrive avec plus d'une heure de retard à Montréal. On traverse des zones reculées où parfois le train est le seul moyen d'accès. On passe par Shawinigan. J'ai une pensée pour mon amie Lydie qui y a vécu un moment. Le plus surprenant, c'est que quand on arrive à l'approche de Montréal, on a l'impression qu'on y est presque, mais il faut quasiment une heure pour traverser la zone urbaine. Et puis, on débarque dans la gare centrale qui est en souterrain du centre-ville. C'est déstabilisant parce que de la gare on n'a aucune vue vers l'extérieur... ça me prendra un certain temps à retrouver la surface.

Je m'arrange pour déposer mes valises à la consigne pour être libre, parce que j'ai pas accès à l'appartement que j'ai loué avant 18h. Et je vais me balader en ville. Je suis chiffonné : la nuit n'a pas été bonne, et avec le vélo de la veille en plus, je me traîne un peu. Je découvre ce quartier central et son côté Manhattan qu'on n'a pas du tout l'habitude de connaître, nous, en Belgique. Je fais un tour au quartier chinois, je m'achète des petites choses à manger. C'est agréable d'avoir accès à plein d'autres types de cuisine. Une grande partie de la matinée, je marche dans la ville et je fais des photos.

Je décide d'aller visiter le Centre canadien d'architecture qu'on m'avait recommandé. Je suis un petit peu déçu quand j'arrive parce que le bâtiment est en travaux. C'est la même chose pour le musée d'art contemporain, qui lui est même fermé. Néanmoins, les expositions sont accessibles. Je n'ai pas un coup de cœur énorme sur ce qui est montré, mais la librairie et la bibliothèque sont bien fournies et agréables. Et je trouve un bouquin qui me parle beaucoup, entre la photographie et l'architecture — c'est le catalogue d'une exposition précédente. Je me pose un moment dans le jardin devant le musée.

Je me dirige vers l'appartement, qui est à la limite entre le centre-ville et le Plateau, près du parc Lafontaine. Je m'installe, je fais une petite sieste et puis je ressors pour aller manger un petit morceau.

Samedi - pulpe de papier

J'avais repéré que Retailles, un atelier de fabrication de papier, piloté par une amie de Karine et de notre amix Juli Delporte, organisait ce week-end des workshops. Je me suis inscrit à celui qui mêle animation et pulpe de papier. Ça se trouve dans le Mile End. Je prends le temps d'y aller à pied. Je m'arrête d'abord au labo photo pour récupérer mes négatifs et déposer d'autres films.

En chemin, je m'arrête chez un barbier pour mettre un petit coup sur ma barbe — ça fait longtemps que je ne l'ai pas fait. C'est une expérience : quand j'arrive, la barbière aux cheveux bleus est en train de manger du poulet frit, elle écoute du métal à fond la caisse. Je lui propose de repasser plus tard, elle me dit "non, non, c'est bien". Toute l'interaction est bizarre, elle me dit qu'elle écoute toujours la musique à fond parce que sinon elle s'endort. Et puis elle s'excuse sans arrêt parce que quand je suis entré, elle avait les mains pleines de sauce barbecue. Bref, un moment insolite.

Deuxième stop chez Wilensky, un casse-croûte qui n'a pas changé depuis les années 30, où m'a envoyé Berthier. C'est aussi un moment étonnant. Je suis le seul à manger à l'intérieur et j'ai tout le personnel face à moi, debout, les mains dans le dos, alors que le comptoir est hyper étroit, genre 30 cm. Toute la déco est dans son jus, je pense qu'ils n'ont jamais fait de travaux. Ça attire pas mal de touristes curieux d'expérimenter cette cantine intemporelle. La spécialité, c'est un sandwich au salami de bœuf avec de la moutarde. C'est pas incroyable, mais le souvenir restera mémorable.

Arriver chez Retailles, c'est un peu inhabituel pour moi. J'en ai donné énormément, des ateliers, mais je n'en ai pas suivi beaucoup — je crois que j'ai toujours été du côté formateur plutôt que de l'autre. Sophie et Nick, qui donnent l'atelier, sont pédagogues et accueillants. Sophie est crevée mais de bonne humeur, parce qu'elle a enchaîné trois jours d'ateliers — là, c'est le dernier. Il y a une bonne ambiance, on est un petit groupe de huit. Ça se fait en anglais et en français, parce qu'à Montréal il y a beaucoup d'anglophones. On s'amuse bien et l'après-midi passe rapidement. J'ai hâte de voir les résultats qu'on recevra un peu plus tard.

On prolonge par un petit verre et on lui file un coup de main pour ranger son espace. C'est un bel espace — généralement elle fait surtout des commandes et ses propres productions, et là elle avait décidé de lancer un petit festival d'ateliers pendant trois jours. Elle a récupéré une presse hydraulique complètement folle, énorme, beaucoup trop puissante pour ce qu'elle fait. Elle est spécialisée dans la création de papier sur mesure, un peu particulier. C'est cool, j'avais jamais vu ça et je trouve que les résultats sont uniques. Je pense que c'est un domaine sur lequel j'avais un peu des a priori, ça pouvait être un peu kitsch. Ici, son approche est créative et un peu iconoclaste.

Je termine la journée en allant rendre visite à mon amie Chloé, qui se trouve à Longueuil, de l'autre côté du fleuve. Je m'y rends en métro puis en taxi. Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vus et c'est toujours aussi gai et facile de se retrouver. Elle est seule avec les enfants parce que son compagnon est en France pour le moment. Les deux grands sont absorbés dans leurs activités d'ados, mais Alban, qui a dix ans, est super excité dès que j'arrive et il me fait une visite guidée de la maison qui est très drôle. Je pense que j'ai découvert le contenu de tous les placards de la cuisine.

Dimanche - vers le Mont-Royal

Je me réveille pas en forme. Je suis fort fatigué ces jours-ci. Et je crois que le fait d'être à Montréal a fait que les quelques repères que j'avais mis en place à Chicoutimi ne sont plus là. J'ai un peu l'impression de flotter, j'ai du mal à organiser ce que j'ai envie de faire.

On a aujourd'hui prévu de se voir avec ma mère, qui est à Montréal pour visiter une vieille amie à elle. Je la retrouve au métro Berri. Et on se dirige vers le Mile End, parce que j'ai repéré un resto qui me semblait pouvoir lui plaire : produits frais et locaux, cuisine créative... On se balade un peu à travers les rues du quartier. Elle est contente parce qu'elle n'a pas encore été trop dans le centre, et donc c'est l'occasion de marcher un peu dans la ville. Le dîner est bon, et l'équipe du resto est attentive et très gentille.

On décide de continuer à marcher et on traverse plusieurs quartiers : la fin du Mile-End, Outremont, et on arrive jusqu'au parc du Mont-Royal. On passe d'un bloc à l'autre et l'ambiance change complètement. J'avais jamais été dans ces parties-là de la ville, qui sont plutôt chic. La construction des bâtiments est complètement différente, des grands immeubles qui ont un côté un peu anglais ou université américaine, en briques, très chic. Plus on s'approche du Mont-Royal, plus on tombe sur des villas cossues, probablement construites par les riches industriels du début du 20e siècle. On marche un peu dans le parc du Mont-Royal et on arrive sur un point de vue qui donne vers le nord de la ville. Et il y a une rave party avec une dizaine de personnes qui écoutent de la techno trance, inattendu.

On redescend ensuite vers l'université du côté nord où on reprend le métro — encore des quartiers que je n'ai jamais vus, et le bâtiment de l'université est carrément impressionnant. Il y a un vent très puissant à travers les grands bâtiments.

La ligne de métro est toute décorée de briques. On se dirige vers Verdun, où on retrouve son amie Marianne, qui est chez son fils Régis. C'est avec eux et le reste de la famille que nous avions fait notre voyage en 93, et on est toujours contents de se retrouver avec Régis et ses sœurs. On est dans la maison qu'il a rénovée avec sa compagne et sa fille est là aussi. Il nous montre tous les travaux qu'il a faits.

Je décide de m'arrêter pour faire une petite course sur le chemin du retour, je trouve un supermarché pas trop loin de l'appartement. Arrivé, j'ai pas le courage de faire à manger, donc je me contente de quelques crackers et je vais me coucher pas trop tard.

Ces jours-ci il y a de terribles incendies en Ontario et on le sent dans l'air jusque Montréal. La gorge pique un peu. Ces événements s'ajoutent à l'ambiance anxiogène de canicule des dernières semaines. J'ai le sentiment que ces enjeux climatiques sont plus concrets que jamais et je n'arrive pas à m'en abstraire. Je me rends aussi compte que j'ai du mal à récupérer, et que j'ai une fatigue accumulée depuis longtemps. C'est prenant d'adapter mon rythme, d'être sans arrêt confronté à de la nouveauté et puis je marche beaucoup aussi ici en ville à Montréal, au moins 10 km par jour. À prendre en compte pour la suite.