Un nouvel atelier et quelques jours au vert
Déjà un mois au Saguenay... le temps passe à la fois vite et lentement... entouré et solitaire. C'est une expérience tout en contraste cette résidence ! Cette semaine, je vous emmène manger des hotdogs et passer du temps chez mes amis Karine et Berthier à Charlevoix.
Lundi 6 juillet
Après tout ce vélo de dimanche, je suis plutôt fatigué ce lundi. Je commence ma journée pas trop tôt. On a convenu de passer la soirée avec Karine, Berthier et Laurie. Karine Locatelli était en résidence il y a quelques mois à Charleroi, dans le cadre du partenariat qui me permet pour le moment d'être au Québec, et on s'est rencontrés à ce moment-là. On a vite sympathisé, je lui ai imprimé des dessins en riso et elle a participé à Papier Carbone. Son amoureux Berthier était venu la retrouver pour la fin de son séjour. Je vous raconterai un peu plus loin ce qu'ils font l'un et l'autre. On attend avec impatience de se retrouver, car on avait passé de très chouettes moments ensemble en Belgique.





Les premiers scans !
En attendant, je reçois mes premiers scans du laboratoire. J'avais envoyé des films à développer chez Studio Argentique à Montréal – un labo conseillé par Mori Film Lab, mon labo habituel en Belgique – et j'attendais avec impatience de découvrir les images. Le choix de travailler en argentique en 2026 n'est pas toujours simple... par exemple, il n'y a plus de service de développement à Chicoutimi, pas toujours les pellicules que je veux... et il y a l'incertitude que les images soient bonnes. Mais, d'un autre côté, j'aime le fait que les images soient limitées en quantité, que je ne sois pas toujours certain de ce qui va revenir, et puis de faire les choix au moment de prendre les images. Parfois avec le digital, je me retrouve avec une quantité d'images un peu débordante, avec des possibilités de post-traitement infinies, qui me donnent le tournis. C'est une manière comme une autre de me trouver des contraintes. Mais le moment où je reçois mes images développées et scannées est toujours un mélange de joie et d'appréhension ! Là, la bonne nouvelle, c'est que la plupart des images sont nettes et il y en a plusieurs que j'aime vraiment... ouf ! Je consacre une partie de la matinée à faire un choix de celles que je vais poster sur Instagram. Je discute un peu avec mon ami Roland qui me donne des conseils techniques : il a un diplôme en photo du 75, alors que je suis autodidacte total sur le sujet, et ça me fait plaisir d'avoir un retour et des avis sur les images. La matinée se termine sur un post de 10 images !
Laurie m'écrit pour me proposer d'aller faire un tour à la plage de la Flèche, à Saint-Fulgence, de l'autre côté de l'eau. Il fait chaud, je suis plutôt fatigué, proposition acceptée ! On s'installe sur une petite plage dans une baie du Saguenay, le long de la route, mais la plage est assez longue que pour s'éloigner du trafic des gros camions. On se baigne, on bouquine, on fait tranquille, ça fait du bien ! L'eau est peu profonde et on marche longtemps avant de pouvoir nager. À cet endroit du fjord, l'eau douce et l'eau salée se rencontrent. On me dit qu'on peut parfois voir des mammifères marins, mais jusque là, je n'ai rien vu.

On se met en route vers le rendez-vous du soir, avec une halte au magasin de fournitures artistiques. Je veux m'acheter un pinceau-réservoir pour essayer d'ajouter du lavis à certains dessins de mon carnet. Et puis on arrive au lieu de notre rendez-vous : le Pavillon du hot-dog à Jonquière... un snack tout droit sorti des années 50. La déco est parfaitement dans son jus et le menu aussi. Karine est en train de monter une expo dans un musée à Jonquière et Berthier est venu pour le transport des œuvres. On est contents de se retrouver, on fait des blagues, on poursuit la soirée par une glace dans la crémerie un peu plus bas, tout aussi conservée dans le temps. Les tables de la terrasse sont des blocs de béton déguisés en cônes de glace. La spécialité, c'est la crème molle trempée dans du chocolat belge. Ça me fait sourire.





Soirée Vintage à Jonquière
Mardi 7 juillet
Pas grand-chose à dire : une journée plus tranquille. J'ai du retard sur mon blog de la semaine passée, ça me prend pas mal de temps. C'est un peu la mission du jour ! Je règle aussi des affaires de train, de location de voiture, de logement pour mon séjour prochain à Montréal. En soirée, j'essaie le pinceau-réservoir et le résultat me parle bien... le stylo et les feutres pigment ne se diluent pas quand je passe avec le lavis... bonne nouvelle !

Mercredi 8 juillet
J'embarque enfin tout mon matériel pour m'installer aux ateliers Touttout. C'est un centre de production situé dans une ancienne école où se trouvent plusieurs ateliers d'artistes, et l'équipe de Bang s'est arrangée pour que je puisse y travailler. Je tournais autour du pot depuis un moment pour aller m'y installer... Tant que l'équipe de Bang n'était pas en vacances, ça me faisait de la compagnie.
Il y fait plutôt calme, j'y croise Stéphanie Augier qui prépare un projet pour un musée à Québec, mais les autres artistes sont en congé. J'ai un espace dans l'atelier collectif qui est au demi-sous-sol. C'est appréciable, il y fait plus frais. Je prends mes marques et je commence à dessiner. D'abord des petits formats qui ne me plaisent pas trop pour l'instant. C'est pas simple de trouver l'équilibre entre garder des recettes qui marchent et chercher à explorer des choses nouvelles. J'ai amené du papier assez grand, de l'encre de Chine et des pinceaux. Des choses que je n'emploie jamais. Je me lance et je fais une première version de 5-6 images, assez brutes, qui mélangent dessin et texte. Je crois qu'elles ont quelque chose de spécial. J'en poste quelques-unes en story. C'est assez terrible comme on a pris l'habitude de chercher la validation des autres assez tôt dans le processus... mais les retours m'encouragent !


Premiers test à l'encre de chine
Mon téléphone sonne et c'est Mathieu qui me propose de venir avec lui et Mireille souper chez Élise. Ça me fait hyper plaisir et j'embarque avec eux pour un petit repas agréable. On est dans le quartier patrimonial d'Arvida, dans une petite maison ouvrière en bois, face à l'usine d'aluminium. Il y a une marmotte qui vit dans le jardin... On rigole bien avec la bande, ça me fait du bien d'être intégré à la communauté locale.
Jeudi 9 juillet
Je retourne à Touttout et je rencontre Chantale qui travaille à l'atelier bois. Je décide de refaire mes dessins sur un meilleur papier. Je fais un aller-retour pour récupérer un projecteur à Bang auprès d'Anick... j'envisage de m'en servir pour reporter des photos en dessin. Je croise aussi Richard et Marilou, deux artistes qui partageront l'appartement dans les semaines à venir.
De retour à Touttout, je suis assez content de la nouvelle version des dessins. Je choisis aussi 3 photos argentiques que je décide de faire produire en cartes postales, pour vendre lors du festival Édition Fleuve où l'on se rendra plus tard en juillet quand Corinne sera arrivée. Je passe la commande et fais livrer les impressions chez mon amie Chloé à Montréal pour être sûr de les avoir à temps.



Un partie des dessins v2 !
De retour à Bang, j'embarque avec Suzy pour le vernissage de Karine. L'expo se passe dans un endroit étonnant : un centre culturel un peu vintage en haut d'une colline (la colline de Jacob). Le lieu a l'air de dater des années 70 et est un peu conservé dans son ambiance d'origine. Il n'y a pas beaucoup de monde, mais l'expo de Karine est belle. Elle fait de grandes toiles inspirées par la nature dans laquelle elle passe beaucoup de temps, avec une technique de petits traits à la plume. Elle fabrique aussi des petits objets, champignons, branches en céramique. Il y a une seconde partie à l'exposition : le travail d'un autre duo d'artistes qui ne me parle pas beaucoup.




La lumière n'est pas simple :)
Après le vernissage, j'embarque avec elle et Berthier pour un petit souper dans Jonquière. On se retrouve dans une micro-brasserie et Berthier ose la pizza Schwarzenegger ! On convient de notre rendez-vous du lendemain pour notre départ vers chez elleux à Charlevoix.
Vendredi 10 juillet
Je retrouve mes hôtes du week-end au café Cambio pour un petit déj, puis on prend la route vers le sud. On traverse La Baie et puis on quitte la zone que je connais. Je suis content d'élargir un peu ma carte, après presque un mois passé au Saguenay. On s'entend vraiment bien, l'ambiance est au beau fixe. On traverse le parc des Grands Jardins, une zone pleine de montagnes et de lacs sans réseau téléphonique. Après 2h30 de route, on arrive d'abord à Baie-Saint-Paul, petite ville assez touristique, et puis on continue vers Saint-Féréol-les-Neiges.
Berthier a construit sa maison sur le terrain familial, une grande maison en bois verte et jaune qu'il a baptisée la Maison Tournesol. Sa maman élève des moutons. Ils ont un grand terrain sur lequel il y a des champs et des prés où ils font pousser du foin pour nourrir les bêtes. Il y a même des chalets et un accès à la rivière. C'est vraiment une ambiance différente de la ville, entre la nature et les animaux. Ils ont un chien, un berger australien qui s'appelle Django. Et moi qui ne suis pas très chien d'habitude, je m'entends vraiment bien avec lui.
Il a un atelier d'encadrement au sous-sol de sa maison et un atelier d'ébénisterie dans un des bâtiments de la ferme. Je l'aide à rentrer une commande de verre qui vient d'être déposée par le livreur. Berthier a une grosse commande de cadres à réaliser pour un musée. Il fabrique lui-même les profils à base de bois brut.
Berthier vient de s'offrir une camionnette pour transporter ses matériaux et il m'emmène à la casse pour que l'on dépose son ancienne voiture, dont la carrosserie a fini par rendre l'âme après de nombreux hivers québécois. Le proprio des lieux démonte des dizaines d'autobus et partout il y a des cadavres de voitures empilés. J'aurais bien pris des photos, mais il y a une ambiance qui ne s'y prête pas tout à fait.
On termine la journée par un plongeon dans la rivière qui se trouve au fond du terrain... L'eau est bonne, c'est hyper agréable. On trouve des champignons qui ressemblent à des pieds de mouton, mais après vérification dans les livres de mycologie de la grand-mère de Karine, le verdict est clair... ce n'en sont pas. Un ami de Berthier nous retrouve pour souper.



Samedi 11 juillet
Je me fais une journée très tranquille, je finis un roman (Québécois) et j'en attaque un autre (de chez Monsieur Toussaint Louverture). Ça fait du bien d'être posé. J'ai l'impression que ça fait des mois, des années que je ne me suis pas autorisé à ne rien faire. C'est assez difficile pour moi qui ai toujours plein de projets.

En fin de journée, je rejoins Berthier qui aide ses parents à rentrer les ballots de foin. Avec plusieurs tracteurs et remorques, ils les chargent dans le champ. Après les avoir ramenés près de la grange, Monique, la maman, les emballe comme des gros chamallows avec une machine rotative, et Berthier et moi on se charge de les organiser. C'est assez physique, les balles font sans doute 200 kg. On essaie d'utiliser leur poids pour les déplacer et organiser le stockage. Entre les coups, Monique me montre la bergerie. Elle est hyper enthousiaste et elle a l'air de s'amuser follement en travaillant. Ça fait plaisir à voir. On finit assez tard avec un petit repas avec les parents, préparé par Karine. On va se coucher bien fatigués par la mission de la journée.


Un véritable enfant de la ferme
Dimanche 12 juillet
On se lève tôt : mission du jour, accompagner Karine sur l'île aux Coudres pour une cueillette de salicorne. On attend un peu le traversier (les horaires sont un peu confus et on a mal compris) et je fais quelques images sur le port. Une dame d'une septantaine d'années me propose de me prendre en photo, je décline en lui disant que ce qui m'intéresse, ce sont les formes géométriques des bâtiments portuaires, ce à quoi elle me répond : « Mais vous aussi vous êtes géométrique. »








La traversée est courte, mais j'aime toujours cette ambiance de bateau, un peu arrêtée dans le temps. Ça me rappelle des voyages en Irlande, en Angleterre, au Danemark. Arrivés sur l'île, on se dirige vers un endroit dont j'ai promis de garder l'anonymat pour ramasser des salicornes que Karine livrera ensuite à un resto. J'emprunte une paire de crocs à Berthier pour marcher dans les flaques de la marée basse du Saint-Laurent. Karine m'a prêté une paire de ciseaux, mais je préfère utiliser mon petit couteau suisse. On coupe les salicornes et on les glisse dans des sacs Ziploc. On a vite chaud, car le soleil tape en ce dimanche. Je pense que je ressens aussi la fatigue de la mission ballots de la veille.


Des roches !
On décide d'arrêter pour ne pas risquer de se prendre une insolation, et on va manger un petit bout dans un café installé dans un ancien presbytère tout mignon. On mange notre sandwich dans le jardin, à l'ombre. On continue par un petit tour de l'île, qui n'est pas bien grande — à mon avis une dizaine de kilomètres de long. On s'arrête pour voir si on trouve des champignons, mais il fait toujours fort sec, ils n'ont pas encore l'air d'être de sortie. Karine ramasse pas mal de choses. C'est une façon pour elle de passer du temps dans la nature, et ça l'inspire pour son travail artistique. Je trouve ça hyper cool. Je me rends compte que ça me manque, ces derniers temps, de ne pas passer plus de temps dans la nature. Il y a quelques années, tous les automnes, je partais aux champignons une fois par semaine. Je ne l'ai pas fait depuis quelque temps parce que j'ai toujours trop de travail.

Un peu plus loin, il y a une brocante sous une église. Il faut savoir que les salles en dessous des églises, ici, sont souvent utilisées comme des salles polyvalentes. Et comme mes amis de Charlevoix partagent ma passion brocante, on va y faire un petit tour. J'y trouve un beau mug publicitaire rétro, ce qui amène mon total d'achat de brocante à 3 tasses. Une des bénévoles essaie de me vendre une lampe qui ressemble à un tas de glaçons, faite en verre — d'après elle, adaptée à tout type de fête. Pour m'en sortir, je réponds que je n'ai pas de fête de prévue.
On quitte ensuite l'île et on fait un arrêt aux Éboulements, là où Karine a sa maison-atelier-galerie, toute mignonne et pleine d'œuvres d'elle et d'autres artistes. Ça me fait plaisir de voir qu'il y a plein de petites images qu'elle a ramenées de Papier Carbone.




À notre retour, Berthier et moi allons nous baigner dans la rivière avec Django, puis on discute un peu avec ses parents, qui sont dans le chalet au fond du terrain, en pleine lecture de BD. C'est marrant, ils sont fans de bande dessinée franco-belge, ils sont en train de relire les premiers épisodes de Soda, une série que je lisais quand je devais avoir 10 ou 12 ans. Le chalet est marrant, c'est le père de Berthier qui l'a construit et il adore faire de la récup un peu créative — il a notamment construit une balustrade avec des vieux skis en bois.