Premiers jours à Chicoutimi
Cet été, j’ai la chance d’être en résidence au centre Bang à Chicoutimi. Cette résidence est possible grâce à une collaboration entre le BPS22, le musée d’art contemporain à Charleroi et le centre Bang, avec le soutien du Conseil des arts et des lettres du Québec. J’y suis pour trois mois : je suis arrivé le 15 juin et je reste au Canada jusqu’au 15 septembre. Un long été pour découvrir le vivier artistique du Saguenay et pour développer mes projets artistiques.
Je me suis dit que ce serait chouette de faire un journal de bord de ce moment particulier, à la fois pour consigner mon expérience et pour partager quelques nouvelles avec vous. Le double objectif de ce journal fait qu’il sera probablement à certains moments un peu introspectif. N’hésitez pas à picorer ce qui vous intéresse. Vous aurez peut-être juste envie de voir quelques photos.... et c’est bien correct, comme on dit ici.
Cette première semaine est à la fois un moment d’atterrissage et de découvertes. L’équipe du centre Bang sera en congé en grande partie au mois de juillet. J’ai immédiatement été plongé dans le bain du secteur artistique du Saguenay. Sans plus attendre, je rembobine depuis mon départ.
Lundi 15 juin
Les transitions sont toujours compliquées et j’ai eu du mal ces derniers jours à préparer mes bagages. Si la perspective de décoller vers le Canada me réjouit, quitter la maison n’est pas si facile. Les précédents mois ont été très intenses avec l’organisation de Papier Carbone, les cours à Saint-Luc, notre participation à la Boucle Noire, la sortie de plusieurs livres à Paris et le suivi des projets avec nos clients au sein du studio. Dimanche, je finis par parvenir à préparer mes valises et je mets mon alarme à 4h30.
Le réveil pique un peu, je prends vite une petite douche, je me fais un café et je me dirige vers la gare de Charleroi Central avec un gros sac à dos et une valise bien lourde. J’arrive beaucoup trop tôt. Et puis j’embarque dans le train qui m’emmène directement à l’aéroport de Zaventem. Arrivé dans le hall, je me rends compte qu’il y a vraiment beaucoup de monde et que la file est énorme. Il y a des journalistes en train d’interviewer des touristes. L’ambiance est un peu électrique, les gens s’énervent. En fait, il y a une grève des bagagistes. Les gens ont peur de rater leur avion. En réaction à cet énervement, je deviens étonnamment assez zen. Corinne me rassure par message. Il n’y a aucune raison que cet avion décolle à moitié vide. Je laisse passer une jeune fille complètement en panique qui est persuadée que l’avion va décoller sans elle.
Je finis par parvenir à faire enregistrer ma valise, je reçois mes billets d’embarquement, je passe la sécurité et je me dirige vers la porte avec déjà un solide retard. On finit par embarquer et puis on reste sur le tarmac un long moment. Là je commence à me dire que je n’attraperai jamais ma correspondance à Montréal… Mais bon, je reste calme, de toute façon, je ne peux rien y faire. Le fait de partir trois mois, ça relativise pas mal les retards. Pas grand-chose à dire sur le vol, finalement, c’est assez court. Puis, comme je suis vraiment crevé, je dors une bonne partie du trajet.
En arrivée à Montréal, je rallume mon téléphone. Et en fait Air Canada a déjà tout géré. Je reçois un mail avec un billet pour le lendemain et une réservation d’hôtel sur laquelle il n’y a plus qu’à cliquer. Je suis quand même un tout petit peu anxieux par rapport à ma valise, donc je demande à quelques reprises au service de Air Canada si ma valise sera bien transférée jusqu’au Saguenay. On me rassure. Et donc je me mets en quête de mon hôtel. Apparemment il y a une navette pour y aller. Je mets à un moment à la trouver dans l’aéroport et en fait l’hôtel est juste à côté. J’aurais vraiment pu y aller à pied. J’envoie un message à mon ami Mathieu, qui travaille et vit à Montréal. Et en fait, il a du temps. On convient d’un rendez-vous un petit peu plus tard pour aller boire un verre, pas loin de chez lui.

Le Sheraton Hotel Airport de Montréal a de longs couloirs tout vides avec une moquette au design particulier qui lui donne une ambiance liminale qui n’est pas pour me déplaire. À tout moment, pourraient sortir d’une de ces salles de réunion les participants à une conférence sur les nouvelles fonctionnalités de Windows 95.
Mes bagages déposés, enfin, mon sac à dos, vu que ma valise est restée à l’aéroport. Je cherche l’arrêt du bus 747 — bien numéroté. Patrick de l’équipe de Bang m’a déjà envoyé des messages avec tous les conseils pour me rendre au centre. Je finis par trouver le bus, je galère un peu à installer l’application qui permet d’acheter le billet et puis même pas une demi-heure plus tard, j’arrive à la station Lionel-Groulx dans le quartier de Saint-Henri. Je marche un tout petit peu. Je suis déjà content de retrouver ces rues de Montréal, avec ces bâtiments particuliers, puis ces enseignes, il faut le dire, un petit peu exotiques pour moi. Mathieu m’a donné rendez-vous dans un bar qui s’appelle le Siboire Notre-Dame. Je m’installe au comptoir et je commande une de leurs nombreuses bières de microbrasserie. Il y a un écran géant et c’est le match des Diables rouges qui passe. Ça m’intéresse toujours aussi peu, mais ça me fait sourire de retrouver mon ami belge le jour de mon arrivée à Montréal pendant que notre équipe joue (contre l’Égypte si je me souviens bien).
On passe un chouette moment. On se donne rendez-vous un peu plus tard parce que Mathieu va en Europe un moment. On se reverra en juillet quand je reviendrai à Montréal. Je fais quelques courses — une paire de chaussettes, un tube de dentifrice — pour remplacer ce qui est resté dans ma valise et puis je mange un petit bout dans un petit resto mexicain avant de me diriger à nouveau vers le bus, histoire d’aller récupérer de cette journée bien longue.
Mardi 16 juin
J’ai un peu de temps avant de reprendre mon avion, alors je m’octroie un petit déjeuner à l’hôtel. Je dessine un petit peu et puis je retourne à l’aéroport. J’y vais à pied cette fois-ci et je fais quelques photos de la zone. Il y a des chauffeurs de taxi qui jouent aux échecs, en dessous d’une bretelle d’accès à l’aéroport. Je n’ose pas les prendre en photo. C’est toujours difficile de prendre les gens en photo. Je demande à nouveau si ma valise me suivra bien. On me le confirme et je passe la sécurité. Il y a une ambiance assez relax. Les gens qui gèrent la sécurité sont gentils. Je leur demande de passer mes films photo en dehors des rayons X pour éviter de les abîmer et ils le font sans rechigner avec le sourire. Je m’achète un adaptateur pour pouvoir charger mon ordinateur, un café et je vais tout au bout attendre mon avion dans la zone des vols intérieurs.
Mais j’attends un bon moment, je travaille un petit peu. J’essaie de me mettre à jour sur mes mails. Puis on finit par embarquer. C’est un mini avion avec des hélices. Il est tout vide. Il y a un monsieur qui est assis à ma place. Et je n’ose pas lui dire, alors qu’il est du côté de la fenêtre. Le vol est très court, genre 45 minutes. On atterrit à Bagotville, qui est aussi une base militaire. Il y a plusieurs avions de chasse sur le tarmac. Dès que je rentre dans le bâtiment, je reconnais Patrick, casquette sur la tête, que j’avais eu le plaisir de rencontrer il y a quelques années lors de leur venue à Charleroi. Mais ma valise n’arrive pas sur le tapis roulant. Je commence à un tout petit peu m’inquiéter et puis une porte qui s’ouvre et ma valise en sort. Il semblerait qu’au final, elle soit arrivée la veille avec le vol que j’ai raté.
L’aéroport est tellement petit que Patrick est garé devant la porte. On embarque dans sa voiture et on se met à traverser le Saguenay sur une route un peu comme une nationale. Il fait plutôt beau ce jour-là, ensoleillé. Je n’ai pas dîné alors il m’emmène manger un petit bout (deuxième repas mexicain) dans la rue principale de Chicoutimi. On se met en terrasse et c’est un peu une main street comme dans les westerns américains. Il est vraiment très chaleureux et accueillant. Je me sens tout de suite bien. Ce qui est chouette, c’est que, comme on s’était déjà rencontré, même brièvement, je savais à qui m’attendre.
Arrivés au centre Bang, bâtiment tout en cubes sur l’artère principale de la ville, il me montre l’appartement qui est tout en haut du bâtiment et puis on fait un peu le tour des installations. L’appart est assez grand, un peu vintage, il y a une cuisine, un living, une salle de bain tout droit sortie des 60’s et puis 6 ou 7 chambres. Il y en a une qui est occupée par Marianne Tremblay, une artiste qui est en train d’installer son exposition dans la galerie du rez-de-chaussée. La mienne est sur le coin, flanquée d’un petit bureau qui donne sur la rue. Le centre a un sous-sol, un rez et deux étages. L’appartement est tout en haut, au premier étage, ce sont les bureaux de l’équipe, au rez de chaussée il y a la galerie et une librairie et puis à la cave, il y a des espaces plus techniques et une lessiveuse et un séchoir à côté d’un trou plein d’eau avec une pompe. Il y a un passé d’inondations assez intense dans cette zone du pays où l’eau influence tout.

Je rencontre ensuite Laurie et Annick, les collègues de Patrick et l’ambiance est aussi très détendue. Elles sont directes et rigolotes, j’adore. Je sens que le contact est facile. Je reçois un million d’informations que je n’enregistre pas forcément en intégralité. On me parle de tous les événements à ne pas rater dans le coin et de tout ce qu’on a prévu de me faire découvrir dans les jours qui viennent. L’équipe m’a réservé des billets pour des festivals, pris des rendez-vous dans d’autres centres d’artistes bref, ils sont petits oignons. Et puis, Annick (dans son t-shirt des stars locales, Angine de Poitrine) me convie le soir même à l’accompagner au Bar à Pitons, un lieu culturel qui se trouve dans le quartier, pour la dernière soirée slam de la saison.
Je fais un arrêt dans un petit resto de smoked meat — un sandwich avec plein de viande genre pastrami servi avec de la moutarde jaune et un gros cornichon que je mange au comptoir — avant de retrouver Annick. Je suis assez vite confronté à une des réalités qui m’accompagneront cette semaine. Cette ville n’est pas trop pensée pour les piétons. Je mets un moment avant de parvenir à traverser la chaussée qui me sépare du lieu de la soirée.
Arrivé sur place, le bar est dans un demi sous-sol, il y a du monde. Annick me présente plein de gens, je ne retiens pas tous les noms, mais il y a Charlo qui travaille à la librairie et qui anime ce soir les festivités avec brio. Iel me demande si j’accepte d’être juge. Je me mets dans une attitude d’ouverture à toutes les opportunités qui arrivent et donc j’accepte. Je ne peux pas dire que j’ai fait souvent des soirées à slam dans ma vie, mais c’est plutôt chouette. Il y a des choses très belles, poétiques, d’autres rigolotes, puis d’autres plus énervées. Tamara, Polonaise canadisée a un texte très marrant sur son rapport à la langue. Le tout se déroule dans une ambiance bon enfant et bienveillante. Je distribue des 9.8 et et des 9.7. C’est la première scène de la gagnante du soir ! Encore une grosse journée, je vais me coucher.
Mercredi 17 juin
Je me réveille très tôt. Je suis encore pas mal dans le jet lag. Je reçois encore plein d’informations et mon cerveau va dans tous les sens. Les idées que je veux développer ne sont pas encore très concrètes. Je suis un peu en proie à un sentiment d’imposture par moment. Je laisse passer. Il pleut. Toute cette fin de semaine est assez humide. Il ne fait pas froid, mais il y a des averses à intervalles réguliers.
J’ai du travail qui reste de Belgique. Plusieurs projets de graphisme pas finis. Et donc je suis partagé entre ça et la perspective des projets à venir. Je m’installe dans le bureau pour travailler avec des collègues à mes côtés. Heureusement, il y a un poste de travail confortable avec un deuxième écran et ça m’aide bien. La bande de l’équipe est vraiment sympa et marrante. Ça fait que je ne me sens pas tout seul. Laurie trouve les animaux totems de tout le monde avec un site un peu ringard et je suis un Doberman Pinscher. Je me sens pas très Doberman… Corinne m’appelle en visio, mais je ne suis pas très à l’aise de décrocher dans le bureau. Ce n’est pas hyper évident avec le décalage horaire parce qu’on est assez vite à la fin de journée en Belgique vu qu’il y a six heures de décalage.
L’après-midi, Laurie m’emmène au centre Touttout, un centre où les artistes du coin ont leurs ateliers et où elle m’a réservé un espace. Le lieu est une ancienne école et chaque artiste a une classe comme atelier. Une fois de plus accueil très sympa par Nathalie qui me remet les clés et le code de l’alarme. Je croise déjà plusieurs artistes dont Magali Baribeau-Marchand que j’avais eu le plaisir de rencontrer en Belgique lors de sa résidence au BPS22. Ça me fait plaisir de revoir des têtes connues. Il y a un atelier de sérigraphie. Mais il est un peu rudimentaire. Je ne sais pas trop si je vais faire de la sérigraphie pendant mon séjour. J’ai envie de faire de la photo et du dessin en tout cas. Mais comme souvent pour moi, ces éléments sont une matière première et puis je ne sais pas en quoi je vais les transformer à la fin.
On va aussi aller visiter le centre Sagamie, dans une autre ville, Alma, qui est un centre dédié à toutes les techniques d’impression. Ça m’intéresse évidemment très fort. Je suis dans un état psychologique un peu particulier. Je me sens un peu mal à l’aise d’être celui qui reçoit le support et les conseils techniques. C’est d’habitude moi qui suis dans cette position-là. Je ne laisse pas transparaître ces doutes pour le moment. Le reste de la journée, je retourne à mon graphisme.
Jeudi 18 juin
Bon vous vous doutez bien que tous les jours ne seront pas aussi détaillés que les précédents. Cette journée se partage entre du graphisme et la visite d’un supermarché — car l’offre en matière d’épicerie dans le centre est très limitée — je profite d’un trajet de Laurie vers un centre commercial un peu plus loin qui va chercher des plateaux garnis pour le vernissage du soir pour faire des courses. Je constaterai par après que pour l’instant, j’ai un peu la flemme de cuisiner pour moi tout seul, donc je fais des choses très simples.
Et puis le soir, c’est le vernissage de l’exposition de Marianne. Elle propose un travail qui mélange photo, céramique et installation autour de sa connexion à la nature et à l’eau. Tout est assez cuivré. Il y a beaucoup de monde. Je prends mon appareil photo et je documente la soirée. Ça me donne un rôle. Et puis je me dis que ça lui fera plaisir d’avoir des souvenirs de son vernissage.




J’ai l’occasion de discuter avec plusieurs personnes, des artistes rencontrés les jours précédents, des gens qui font du slam et puis Magali qui est là également. Ça fait du bien de commencer à échanger un peu avec d’autres personnes que l’équipe du centre. La soirée se termine avec une commande de pizzas qui me rappelle ma première expérience de commande de pizzas en 1993 quand on était au Canada avec la famille. Le livreur amène également des frites. J’ai mangé un morceau de pizza Hawaii, parce qu’il s’agirait d’une invention canadienne. On m’invite à une soirée de la St-Jean la semaine prochaine.
Vendredi 19 juin
C’est une journée où je fais du graphisme. L’équipe est en télétravail ou en récup' après le vernissage. Je suis à peu près tout seul dans le bâtiment. À un moment, j’entends du bruit et je descends dans le bureau pour me faire un café et en ouvrant la porte, je déclenche l’alarme. Heureusement, Charlo est à la librairie et m’aide à la désactiver. On papote un petit peu, je lui achète un livre qui analyse la saison 3 de Twin Peaks et puis je reçois un WhatsApp de Patrick qui me propose d’aller « jouer dans les bois » le lendemain à Kilomètres Cube. J’avais prévu d’aller acheter un vélo ce samedi, mais je m’arrange avec le vendeur sur Marketplace pour reporter ma venue à dimanche matin et je dis oui, car comme je l’ai dit plus tôt je prends toutes les opportunités qui viennent. Ça me réjouit l’idée d’être dans la nature.
Samedi 20 juin
Je me lève très tôt, à 6h30 parce que Vincent dont le travail est de s’occuper de ce projet « Kilomètre Cube » passe me prendre à 7h30. En quelques mots, « Kilomètre Cube », c’est un terrain de forêt que le centre Bang a acheté et où ils mènent toute une série de projets différents autour de la création et de la nature. Mais il y a aussi des écoles qui vont sur le terrain. Ça se situe à peu près à 45 minutes de Chicoutimi.
C’est un terrain qui est plein de sapins de plusieurs sortes, de bouleaux, de myrtilles, de mousses, de lichens, de pierres. La parcelle n’a pas une valeur énorme parce qu’elle est un peu accidentée et du coup pas très adaptée à l’exploitation sylvicole. L’ancien propriétaire s’en servait pour chasser le caribou. L’équipe a pu l’acheter, mais pour l’instant, il n’y a que quelques bâtiments préfabriqués genre container et grosse tiny house parce que c’est compliqué de pouvoir construire sur un terrain sylvicole et qu’ils sont en train de rassembler les fonds pour pouvoir faire un local d’accueil.
Il y a de la maintenance à faire et des petits travaux et on se retrouve avec Patrick, Xavier, son fils, Vincent, Olivier, un enseignant qui vient régulièrement sur le terrain avec des étudiants pour filmer les animaux avec des caméras de chasse, et moi pour travailler toute la journée dehors. C’est vraiment chouette de sortir de la ville et de découvrir la nature. L’opération du jour consiste à retaper une plateforme sur laquelle sont placées des tentes qu’on appellerait canadiennes, mais qu’eux appellent prospector. On commence par tout démonter, tout vider, tout nettoyer et puis on remet une couche de multiplex — du plywood comme on dit ici. Et puis on installe une partie de la structure et on monte une énorme poutre. Patrick me prend en photo avec une branche de sapin et déclare que c’est ma journée la plus canadienne.
Une journée dans le KM3
C’est aussi ma première rencontre avec les insectes locaux, il y a des taons énormes. Sinon, c’est très sympa. La météo varie entre soleil et petite pluie, ça menace de tomber plus fort. Mais en réalité, on passe plus ou moins entre les gouttes au point où je finis avec un petit coup de soleil dans la nuque. À midi, on se rend dans un village proche, pour manger dans un casse-croûte et remplir les gourdes. Ils vendent des pizzas 9 fruits de mer, mais n’en décrivent que 3… peut-être il y en a 3 de chaque ? La journée continue dans la même ambiance, de bonne humeur, de tronçonneuse, de visseuse et de sapins en tous genres. Ça me fait une super journée au grand air, ça me rappelle de bons souvenirs d’ambiances de chantier avec mon père, mon frère, ma soeur et mon ami Julien, et le meilleur de mes années d’animation scoutes. Ensuite, Vincent me ramène avec une super playlist (Francis Bebey et les Talking Heads) et il s’arrête même pour me laisser faire des photos de l’enseigne du Géant Motorisé et d'un gros chien en plastique.
Dimanche 21 juin
Ma mission du matin, c’est d’aller chercher mon vélo dans un quartier qui doit se trouver à 8 kilomètres de là où je loge. Le plan semble simple, il s’agit de prendre un bus et puis un deuxième bus. Premier obstacle : on ne peut pas acheter de billets dans le bus sauf si on a exactement 4 dollars en pièces de 2. Deuxième problème, il me faut du liquide pour payer le vélo et j’ai oublié d’aller en chercher avant d’être dimanche. Je me lève tôt parce que le vendeur doit partir vers 10h30, me dit-il.

Je me fais un petit déj, je prépare mon sac à dos, j’emprunte un casque qui traîne sur un vélo qui est dans le hall et je me mets en quête des sous pour acheter ce vélo et de ces 4 dollars en pièces. À peine sorti de Bang, je me rends compte qu’en réalité, il y a l’hôtel du Fjord juste en face. Je me dis « dans un hôtel ils doivent savoir ».
L’hôtel sert aussi de salle de jeux électroniques. Il est à peu près vide. Il y a juste une personne qui s’affaire sur un jeu d’argent À peine entré je vois qu’il y a un distributeur dans le hall, et les deux réceptionnistes très sympas me font de la monnaie. Je crois que ce sont les premiers Noirs que je croise depuis que je suis là. On est quand même dans un contexte ultra homogène. D’ailleurs, Nathalie, une des artistes de Touttout, d’origine polonaise, mais née à Montréal, me disait qu’elle passait souvent pour « exotique ».
La gare des autobus est juste en face. Une dame me demande si je connais les horaires d’autobus. Je lui réponds que je ne suis pas du coin. Et elle me prend pour un breton. Je trouve mon bus, je monte dedans, je demande au chauffeur de m’indiquer l’arrêt. Je reçois un petit papier vintage à donner au 2ème bus. Et on roule une vingtaine de minutes.

Il me dépose. Et il me dit que l’arrêt pour ma correspondance est en face. Le bus est censé passer dans dix minutes. Dix minutes passent. Pas de bus. Un quart d’heure. Vingt minutes. Une demi-heure. Je me dis que j’ai dû le rater. Que j’étais probablement en train de lire un truc sur mon téléphone au moment où le bus est passé. Et je commence à stresser un petit peu parce que mon vélo m’attend de l’autre côté. Pendant ce temps-là, j’échange avec le vendeur qui me dit qu’il y a d’autres intéressés et que si je ne viens pas ce matin, je ne l’aurai pas. J’étudie un peu les options c’est trop loin pour y aller à pied et il n’y a pas l’air d’avoir de Uber disponible. Je tente le stop. J’ai pas fait ça depuis des années, je suis pas très à l’aise. Mais manifestement les chauffeurs de la région non plus parce que personne ne s’arrête. Au point où j’en suis, c’est l’heure bientôt du bus suivant. Je revois passer le bus qui m’a déposé avec je pense le même chauffeur. Ça veut dire que ça fait une heure que je suis sur place. C’est l’heure du bus suivant et il n’arrive toujours pas.
Je reçois un ultimatum sympathique de la part du vendeur et je suis assez sûr que le vélo c’est une bonne affaire donc je finis par appeler un Uber qui arrive assez rapidement et qui me dépose chez le vendeur. Le vélo est en super état, un gravel de la marque locale Devinci avec une guidoline mauve. C’est un monsieur qui doit avoir une soixantaine d’années et il n’arrive pas à suivre ses potes qui sont en vélo électrique. Donc il s’est racheté un électrique et se sépare de celui-là. C’est un vélo qui doit avoir 400 kilomètres. Pour 275 dollars, ce qui fait genre 200 euros, c’est imbattable. Il me laisse même des sacs qui vont sur le vélo. Il me le met à ma taille. Je le paye et je me mets en route.
Tout de suite, quel sentiment de liberté ! Dans cette ville où se déplacer à pied n’est pas aisé, j’ai l’impression que ma surface d’action vient de se démultiplier. Je rentre très tranquillement vers Chicoutimi, sous le soleil, en traversant des quartiers résidentiels, en m’arrêtant pour un café, pour m’acheter un casque en bon état.
Je contourne l’usine d’aluminium de Rio Tinto d’Arvida, le gros employeur du coin. Je fais des photos… Je suis assez fasciné directement par cette usine qui me rappelle le contexte de Charleroi. Elle est énorme. En fait, on y traite de la bauxite qui vient d’ailleurs dans le monde. Mais la raison pour laquelle cette industrie est installée, c’est parce qu’ici l’électricité est quasiment gratuite. La région est pleine de barrages d’hydroélectricité, une des grandes richesses du Québec. D’ailleurs, Vincent m’expliquait qu’il y a eu une étude qui a été faite il n’y a pas longtemps sur toutes les aides qui étaient données à cette multinationale et que la réelle rentabilité était très faible une fois décompté tout ce que le Québec leur concédait. Je me fais une quinzaine de kilomètres, le vélo roule bien. Je pense qu’il faudra juste faire régler la roue avant qui est peut-être un tout petit peu voilée, mais à part ça rien à dire les vitesses passent crème c’est super !
Je termine l’après-midi en en mangeant un petit bout et en me baladant à pied le long du Saguenay. Et puis me voilà à la rédaction de ce rapport hebdomadaire. C’est fou, il est 21h30 et il fait nuit noire. Les journées sont carrément plus courtes qu’en Belgique.
Je sais pas si j’aurais l’énergie d’être toujours aussi détaillé, mais voici donc tout ce qui s’est passé cette première semaine. Je vous embrasse et je vous dis à bientôt.

Note sur les photos : c'est en majorité des photos de mon appareil mais pas retouchées et quelques images de mon téléphone.
J'ai édité et choisi ce lundi une série d'images que j'ai mises sur mon instagram !