Deuxième semaine !
Alors c'est parti pour une deuxième semaine. Une semaine un peu particulière parce que c'est la semaine de la Saint-Jean, donc la fête du Québec. Toujours pas mal de graphisme à terminer, mais aussi la mise en chantier de certains projets artistiques. Il est déjà un peu tard ce dimanche, alors que je commence la rédaction du journal de la semaine. Je viens de passer un bon moment à la rédaction des textes nécessaires à la communication autour de ma résidence par le centre BANG.
Lundi 22
J'ai pas beaucoup de notes pour ce lundi. C'est une journée où j'ai eu pas mal de travail de graphisme à terminer pour des clients en Belgique. En même temps, l'objectif n'est peut-être pas de vous détailler chaque instant. Il y a des journées qui sont plus intéressantes à raconter que d'autres.
Une chose qui m'a marqué, c'est certains bruits. On entend pas mal les oiseaux chanter. J'ai l'impression qu'on est plus tôt dans la saison ici. La nature commence à se réveiller. J'ai l'impression qu'on a un décalage de presque deux mois par rapport à la Belgique. Un autre son qui me marque c'est la ventilation du climatiseur du bâtiment voisin quand je suis sur la galerie arrière de l'appartement. J'ai pas l'habitude de côtoyer ces équipements qui sont ici partout. Et je crois que ça m'a marqué parce qu'on en parle énormément autour de la question de la canicule qui a frappé la Belgique et la France. Ça fait un espèce de bruit de drone qui revient à intervalles réguliers.

À part ce suivi de projets clients j'ai pris le temps de faire une première sélection d'images et de faire un post Instagram. Ce sont des images numériques parce que j'ai pas encore envoyé mes premiers films à développer au labo mais j'étais content de commencer à voir ces images s'assembler. Si vous l'avez raté vous pouvez le voir ici. Je constate aussi une panne dans mon appareil compact dont l'objectif ne se rétracte plus. Je suis assez triste parce que j'adore ce petit Olympus mju.
Mardi 23
Aujourd'hui, j'ai prévu de rejoindre Larouche, à une quarantaine de kilomètres de Chicoutimi, à vélo, pour y célébrer la Saint-Jean, chez Marianne, l'artiste qui a débuté son exposition au centre BANG la semaine passée.
La journée débute sous la pluie et je passe un moment à hésiter à faire ce trajet. Le cadenas que j'avais commandé sur Amazon est arrivé et mon équipement vélo commence à tenir la route. En Belgique je déteste commander sur Amazon mais ici pour certains aspects c'est un peu la seule solution simple pour se fournir des choses difficiles à trouver par ailleurs.
Une partie de l'équipe me convie à les accompagner pour un repas typique, un spaghetti chez Georges. Dans mon attitude d'ouverture à toutes les expériences, j'accepte évidemment. Monsieur Georges est un Libanais qui s'est installé dans la région il y a un bon moment et son restaurant situé sur la rue principale du centre de Chicoutimi présente une vaste salle dont la déco rappelle le côté un peu chic bling bling de certains restaurants italiens de Charleroi. Pour celleux qui connaissent, il y a un petit côté qui fait penser à la Gioconda à Couillet.
Alors ici on commande un demi-spaghetti, parce qu'un spaghetti entier, je pense qu'on ne peut pas le finir. Il s'agit de pâtes un peu trop cuites, avec une bolognaise, et on peut prendre des options. J'ai suivi Vincent dans sa formule. Et j'ai pris l'option champignons et gratiné. La légende disait vrai, on sort de là bien calés, et Laurie emporte la moitié de son demi-spaghetti pour plus tard. Les petits pains qui accompagnent le repas arrivent dans des petits sachets en plastique.
Le ciel se dégage et je me motive à démarrer pour un bon 40 km de vélo en suivant le Saguenay vers le lac Saint-Jean. Bon, ce que je n'avais pas anticipé, c'est qu'il y a presque 500 mètres de dénivelé positif. Donc l'aventure nécessite pas mal de mollets. Je sors du centre en suivant la voie verte que j'ai prise le dimanche d'avant. Donc je reconnais le début du paysage. Je repasse devant l'usine d'aluminium d'Arvida. Et puis je continue vers Jonquière. La première partie est relativement soft. J'en profite pour faire un peu des photos. Mais la météo n'est pas super donc je me dis que je ferai les photos le lendemain. Je m'arrête à la sortie de Jonquière dans un dépanneur pour acheter quelques bières à emmener à la soirée et un petit peu de ravitaillement, dont cette boisson sportive à l'emballage qui évoque l'huile de vidange. J'attrape aussi une barre de céréales, des fruits secs et des bonbons sûrs, histoire d'avoir un peu de sucre à me mettre dans les jambes.





La seconde partie du trajet sort de l'agglomération et on commence à rentrer dans une zone plus rurale. Et on voit bien que le territoire est maillé de petites rivières et de ruisseaux qui se jettent dans le Saguenay parce qu'on n'arrête pas de descendre et de monter. Heureusement, il n'y a pas trop de circulation automobile. Je suis sur une petite route. C'était ça, ou bien c'était le long de la grand route, ce qui me tentait nettement moins. Les derniers kilomètres sont les plus durs. Plus on s'approche, plus ça monte. Et l'asphalte a fait place au gravier. On est vraiment sur ce qu'on appelle les gravel roads. Ça tombe bien, c'est exactement pour ça que mon vélo est conçu. Je finis par arriver chez Marianne. Je rencontre sa famille, ses amis. Il y a plusieurs personnes que j'ai déjà croisées. Et puis, elle nous fait le tour de la propriétaire. On découvre son petit lac dans lequel il y a un castor, un héron, des grenouilles et des moustiques. J'allume le feu dans le jardin. Et puis, son compagnon qui est musicien et plusieurs amis s'installent pour jouer des morceaux québécois dans la cabane de jardin. On passe la soirée autour du feu. On grille des saucisses Méga jumbo et des marshmallows. C'est une soirée très sympa. J'y revois notamment Sarah Létourneau qui a aussi fait la résidence à Charleroi. Je squatte le canapé du sous-sol pour la nuit.


Mercredi 24
Je me réveille vers 9h. Plutôt fatigué de la soirée et de la route de la veille. Mais il n'y a pas le choix. Il faut rentrer. Il pleut un peu. Après un café, je prends mon courage à deux jambes. Et j'entame la route dans le sens inverse. La bonne surprise, c'est que le dénivelé joue plutôt en ma faveur. J'exploite au maximum la roue libre de mon vélo. J'économise un peu mes forces. Le trajet se fait plutôt bien. Je prends le temps de faire quelques photos en route. J'arrive à Chicoutimi assez fatigué mais plutôt heureux de l'expérience.





Comme c'est la fête du Québec, je décide pour l'occasion de m'offrir ma première poutine. Je pense qu'on ne peut pas avaler ça tous les jours. Mais avec 80 km derrière moi, ça passe tout seul. Je mange ça chez Smokey, là où je me suis rendu la semaine passée. Et j'accompagne ce repas typiquement québécois composé de frites, de sauce gravy – un espèce de jus de viande épaissi – , du fameux fromage qui fait couic, et de smoked meat, vu que c'est la spécialité du lieu, d'un Canada Dry. Je découvre avec horreur que le Canada Dry n'est plus canadien, mais américain.



Ce soir-là, il y a des groupes québécois qui jouent au vieux port pour célébrer cette fête très importante. J'arrive bien à l'heure et puis il se met à doucher comme pas possible. Donc je fais demi-tour. J'arrive pour la fin du second concert : Fred Fortin, une sorte de guitar hero local. Et puis, il fait place à la sensation du pays. Le Québec Redneck Bluegrass Project. Je crois que c'est le groupe dont les gens de la région sont le plus fiers, avec Angine de Poitrine. Bon, c'est du bluegrass ce qui n'est pas forcément ma came et je suis quand même bien fatigué donc je regarde à peu près la moitié du concert et puis je vais me coucher.
Jeudi 25
Alors ce jour-là, je sens la fatigue des deux jours précédents et je décide de l'accueillir comme il faut. Au programme, une lessive. Et je décide de chercher un endroit pour me faire couper les cheveux et la barbe. Je tombe dans un petit salon tenu par Germain et Madeleine qui doivent couper les poils des Chicoutimiens depuis plus de 25 ans. Il y a pas mal de monde et j'ai le temps d'observer et d'écouter en attendant mon tour. Ça m'impressionne un peu parce qu'ils n'ont pas l'air de demander aux clients ce qu'ils veulent. Ils ont chacun leur siège et leur prénom est inscrit en lettres en relief sur le miroir face auquel ils travaillent respectivement.
Mais quand revient mon tour, Germain me pose deux, trois questions. Et il s'avère capable d'utiliser aussi les ciseaux et pas uniquement la tondeuse. Je ressors de là les oreilles pleines d'histoires locales – j'ai pas tout compris – et avec ma tignasse rafraichie. Le tout pour la modique somme de 25$.
J'ai aussi chargé un film dans mon appareil moyen format et commencé à faire quelques images. J'ai démarré avec la pellicule Ektar 100 que Massimo m'a offert juste avant mon départ. J'ai bien hâte de voir ce que ça va donner.
Vendredi 26
Je commence la journée par un appel avec mon frère qui me donne quelques nouvelles de la canicule belge. Le reste de ce vendredi est consacrée en grande partie à du graphisme – sujet récurrent mais j'arrive bientôt au bout des missions qui m'incombent – mais se termine avec le vernissage de l'œuvre publique d'Émy Saint-Laurent, installée pour l'été sur la place de la ville par le centre BANG. Elle présente une sorte de coupe topographique fantasmée de la région en trois parties qui mixe résine, textile et matériaux de construction.

Je fais quelques photos du moment festif et puis on se replie vers les locaux de BANG pour boire un coup et discuter. L'ambiance est une fois de plus très sympa. Je pense que l'équipe va me manquer quand ils seront en congé. On prolonge avec un petit resto avec les artistes et l'équipe. C'est le dernier soir de Patrick avant qu'il parte en vacances. Le dernier volet de la soirée, c'est l'after du festival de jazz dans une espèce de tunnel sous un parking qui ressemble beaucoup au dessous du ring de Charleroi.
Je fais quelques recherches avant d'aller dormir sur des moyens de réparer mon Olympus. Mais il semble qu'il faut le démonter et que ça n'est pas si simple. On verra plus tard. Et en même temps, peut-être que ça rend le choix de l'appareil à employer plus simple. Je suis parti avec 4 appareils. Et c'est pas toujours évident de décider lequel sert à quoi.
Samedi 27
Je me réveille un peu tard après un sommeil agité. Je ne suis pas très en forme, à la fois fatigué et je crois que les quelques bières que j'ai bues la veille jouent un peu sur mon moral. Alors je me sens un peu loin et seul.
Je décide d'aller me changer les idées et je vais faire un tour au marché aux puces. C'est une ancienne maison d'habitation dont chaque pièce est occupée par un vendeur différent. Une pièce remplie de matériel hifi, une de petites voitures, une de livres et d'autres de tout un bazar invraisemblable. Mais ce samedi, il y a aussi des vendeurs sur le parking. Je trouve 2-3 objets à mon goût, dont une tasse qui rejoindra ma collection de mugs.
Je ramène mes trouvailles à l'appartement et puis mon téléphone sonne et c'est mon vieux copain Julien. On se voit beaucoup moins depuis qu'il vit en Drôme et parfois on ne se parle pas pendant plusieurs mois. Donc là, j'accueille ça avec plaisir. On discute pendant une bonne heure, ça me fait du bien. Chez lui, c'est pas tant la canicule qui a posé problème, mais des terribles orages.


J'embarque mon appareil moyen format et je décide de faire une marche exploratoire. Je dessine d'abord un peu au café Cambio. Je vais dans des zones dans lesquelles je ne suis pas encore allé, en suivant la rivière vers le bas. Je fais une pause dans un supermarché pour m'acheter une boisson hydratante et je remonte ensuite le cours d'un affluent du Saguenay, la rivière du Moulin. Les abords de la rivière ont été transformés en un parc consacré à la randonnée, au vélo et à d'autres activités sportives. C'est assez organisé mais en même temps plutôt joli, la rivière est quand même sauvage et il y a plusieurs cascades. Après quelques kilomètres dans ce parc, je ressors de la nature et j'arrive dans une partie de la ville que je n'ai pas encore explorée. J'y trouve une superbe enseigne que je prends en photo et je suis content. Je fais à peu près une pellicule – une douzaine de photo car c'est du moyen format – sur la promenade de 10 km.



De retour en ville, je croise Julie, une amie d'Annick que j'avais croisée précédemment, et ses deux enfants qui sont au festival de jazz. Il y a un orage assez intense qui menace et les concerts de la rue Racine sont annulés. On repasse dans le tunnel de la veille, après avoir acheté des chips au cornichon au dépanneur. Mais je prolonge pas trop la soirée. La randonnée m'a fatigué.
Dimanche 28
Je me réveille très tôt et me rendors jusqu'à 10h30. Je décide d'aller rouler à vélo. Les explorations de la veille m'ont donné envie de persévérer dans cette zone de la ville. J'attaque par une côte infernale parce que c'est comme ça : le centre BANG est dans le bas de la ville et il n'y a pas vraiment d'autre solution que d'affronter le dénivelé. Je découvre une piscine en plein air que j'avais repérée précédemment et je continue vers une zone commerciale. Là, il y a Canadian Tire, un grand magasin entre le Brico, le Trafic et le Décathlon, dont je garde un souvenir d'enfance assez émerveillé. La réalité n'est pas à la hauteur du souvenir mais je m'achète quand même un porte-clés mousqueton, pour l'anecdote.


Je continue à travers les parkings des grands magasins. La traversée des boulevards n'est pas super évidente à vélo. Je rejoins un magasin de fournitures artistiques. La sélection n'est pas immense mais je trouve quelques feutres, des pinceaux et de l'encre de chine. Je repère aussi l'offre en papier et j'y retournerai avec de quoi le transporter. Je continue ensuite ma balade et je rejoins par l'autre extrémité le parc de la rivière du Moulin. Je fais une longue balade à travers les chemins qui sont en bon état. Je rencontre une marmotte pas du tout farouche. Et puis le ciel s'assombrit et je décide de rentrer tout doucement.


Après une douche, je vais manger un petit bout au café Cambio sur la rue Racine. Il n'y a personne. La ville est assez vide ce dimanche, à part des gamins qui font des wheeling en trottinette et quelques itinérants – le terme québécois pour désigner les personnes sans domicile fixe. On voit bien que, un peu comme à Charleroi, le centre-ville est occupé par quelques fonctions culturelles, des restos et cafés, mais sinon est principalement habité par des gens plutôt précaires. Le reste de la population privilégie les quartiers résidentiels.



La journée se termine par la rédaction de ce journal. À très bientôt pour de nouvelles aventures.