Concerts, chaleur et vélo

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Concerts, chaleur et vélo

Je commence cette troisième semaine avec un jour de retard sur mon planning de blog. Pas évident de garder la cadence. Cette semaine est justement celle d'un rythme un peu différent, petit à petit moins connecté à mon travail en Belgique. Une semaine avec beaucoup de rencontres, de contacts, mais aussi un peu plus de solitude. Ce n'est pas si simple d'être loin longtemps de ce que j'ai l'habitude de connaître et de faire.

Lundi 29 juin - encore du graphisme

Ce début de semaine a été consacré surtout à terminer des projets de graphisme : plusieurs publications pour le studio, un site internet pour des amis architectes. J'ai décidé de faire une grosse journée pour essayer de liquider un maximum de choses. Ça n'a pas laissé le temps pour beaucoup d'autres activités. Mais néanmoins, j'ai eu un peu de compagnie. Cette semaine, j'en parlerai plus tard, c'est la semaine du festival La Noce, un festival musical assez important ici à Chicoutimi. Le centre Bang y participe de deux façons.

Une artiste – Eruoma Awashish – a été sélectionnée pour réaliser le portique d'entrée du festival. Et en ce lundi, elle est présente au centre pour ajouter de la dorure sur son projet, un grand collage floral rempli de coquelicots — car l'édition de cette année, c'est la noce de coquelicots. L'autre contribution du festival, c'est l'hébergement des renforts qui viennent travailler à l'installation des scènes et du site du festival. Trois personnes restent cette semaine dans l'appartement à mes côtés, mais je croiserai surtout Charles, qui est comédien à Montréal et qui fait des petites missions de renfort pour ce genre d'événement. Il y a aussi Emmanuelle et Anne-Marie (je crois), mais je les croiserai beaucoup moins. C'est aussi la dernière semaine de Laurie à Bang avant ses vacances. Petit à petit, l'équipe prend ses congés d'été et les bureaux se vident. J'appréhende un peu ce moment où toute l'équipe sera en congé, qui sera synonyme pour moi de davantage de temps à passer seul.

Mardi 30 juin - en route vers le chalet

C'est la veille de la fête du Canada, qui sera jour férié ce mercredi. Mathieu Valade, un artiste de la scène locale, me propose de me joindre à eux pour une soirée dans un chalet à 45 minutes de Chicoutimi. Je ne sais pas trop à quoi m'attendre, mais j'accepte. J'emprunte un sac de couchage à Annick pour pouvoir passer la nuit sur place. La journée est encore consacrée à fignoler deux trois petites choses pour les clients, puis je passe au Marché Centre-ville faire quelques courses. Le Marché Centre-ville, c'est quelque chose : un endroit à mi-chemin entre un night-shop et un petit supermarché, qui propose au moins 200 sortes de bières de microbrasserie locale, 500 sortes de sauces piquantes, de la viande, et pour le reste des produits vraiment de première nécessité. J'embarque quelques bières, un paquet de saucisses à hot-dog pour griller sur le feu, des chips, et je me mets en route vers chez Mathieu.

Il habite tout près de la brocante où je me suis rendu l'autre jour. Il m'accueille avec un espresso martini, puis me propose d'aller piquer une tête dans la rivière Chicoutimi en attendant le retour de son copain. On prend la voiture quelques minutes, on suit à pieds un petit chemin escarpé et on se retrouve sur les rochers pour plonger dans la rivière. Ça fait du bien, il fait très chaud. L'air ne sent pas très bon aujourd'hui : les épandages de lisier ont commencé dans les exploitations agricoles des environs.

Ensuite, une fois Chuck revenu du travail, on se met en route vers le lac Claveau. On repasse par des coins qu'on a traversés quand on est allé à Kilomètre Cube. Je reconnais une partie du paysage. Puis on arrive dans la zone où on n'a plus de signal téléphonique. On n'avait pas trop bien regardé l'itinéraire et on se perd un peu, le long d'une piste sous les pylônes électriques. À un moment, le chemin devient trop impraticable, mais on comprend qu'on a fait erreur. On fait demi-tour, on revient là où on attrape du signal, on prend la bonne piste, beaucoup plus évidente et moins escarpée, et on arrive au chalet de Mireille Claveau, tout mignon, un peu vintage, peint en rouge, vert et jaune au milieu des arbres, le long d'un joli lac.

Il y a là déjà plusieurs personnes que j'ai croisées, et des nouvelles têtes. L'accueil est chaleureux comme à chaque fois. C'est déjà le moment de plonger dans le lac, bien agréable après cette petite heure de route. La suite de la soirée se passe d'abord autour du hot-dog, puis autour du feu — un hobby bien québécois qui n'est pas pour me déplaire, moi qui ai un grand passé d'après-midi pyrophiles dans le fond du jardin chez mes parents. Mathieu et Chuck décident finalement de rentrer à Chicoutimi ; pour ma part, je reste au chalet. Un lift s'arrange pour le lendemain et je me dis que c'est un chouette moment à passer. On va se coucher assez tard, après des blagues et même de vieilles chansons scoutes en version québécoise.

Mercredi premier juillet - fête du Canada

On se réveille relativement tôt et, après un petit déj' concocté par Mireille à base de toasts et de creton (spécialité charcutière à mi-chemin entre le boudin blanc et la rillette, qui s'étale sur le pain accompagné de moutarde jaune), on se baigne à nouveau dans le lac. La météo est au beau fixe, ça rigole. C'est vraiment un moment agréable. Je dessine un peu, je fais quelques photos. Le chalet est assez rigolo, c'est le grand-père de Mireille qui l'a construit ; il y a plein de petits détails rustiques, des tapisseries, des tabourets faits maison. On se croirait un peu dans une datcha. Et c'est vraiment la fonction que ça occupe : c'est le lieu où on profite de la nature en été pas loin de la ville. Une particularité, c'est que les familles ne sont pas propriétaires du terrain — elles ont un arrangement avec l'État qui permet de construire à cet endroit contre un faible loyer pour l'occupation du sol et le fait de profiter de la nature environnante.

Puis c'est le temps de rentrer à Chicoutimi. Julie nous fait un lift, à moi et à Damien, un des convives de la fête. Il y a des concerts dans le centre-ville ce soir-là, mais je n'y vais pas. Je mange un petit bout, puis je vais me coucher assez tôt parce que le lendemain je dois me lever à 7 heures.

Jeudi 2 juillet - Alma et Angine

Laurie vient me prendre à 8h au centre Bang et on se met en route vers Alma. Nous avons rendez-vous ce jeudi à Sagamie, un autre centre d'artistes qui se spécialise en techniques d'impression. On s'arrête d'abord dans une boulangerie qui s'appelle Farine, au centre de la ville d'Alma — quelqu'un de la famille de Laurie y travaille. Ça fait plaisir de voir du bon pain, ce qui n'est pas forcément dans la culture ici : généralement, le pain se vend dans des sachets en plastique au supermarché, plutôt industriel. Là, c'est une boulangerie qui fait du pain au levain, des croissants et des pains au chocolat qui ont l'air tout à fait délicieux. On garde notre petit achat sucré pour plus tard dans la journée et c'est le moment de visiter le centre Sagamie.

Il se situe probablement dans l'ancienne cure ou presbytère, en tout cas un bâtiment adjacent à l'église d'Alma, tout en pierre. C'est un grand centre d'art sur plusieurs niveaux, rempli d'imprimantes en tout genre. Il y a aussi un atelier de gravure et de sérigraphie, un scanner immense. C'est Nicolas et Mathilde, co-directeurices du centre, qui nous présentent les installations. L'équipe est aussi à la veille de ses vacances, ça se sent dans l'ambiance. C'est un centre qui accueille plein d'artistes ayant des projets d'impression à réaliser – je retrouve des livres de Juli Delporte – , que ce soit des projets de micro-édition ou simplement des images qu'ils peuvent tirer sur leur grande presse numérique. On s'entend pour dire que je pourrais probablement venir y imprimer des photos à la fin de l'été, pour la restitution qui se fera à Bang à la fin de ma résidence. Je leur laisse quelques exemplaires de mes fanzines.

Puis on prend le chemin du retour avec Laurie. On profite d'être en route pour s'arrêter faire quelques courses dans un supermarché de taille plus conséquente (ce qui en fait une expérience presque muséale), et je prends de quoi me faire à manger pour les jours à venir. On achète aussi des bonbonnes d'eau, car on a eu ce matin un message annonçant que l'eau de distribution n'était plus potable pour l'instant, jusqu'à nouvel ordre. On fait aussi un stop chez Desserres, le magasin de fournitures artistiques pour embarquer du papier.

Le festival de la Noce commence ce soir et le groupe que tout le monde attend, c'est Angine de Poitrine évidemment. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore : il s'agit d'un groupe de rock microtonal qui a un succès dingue en ce moment, mais ce sont vraiment les enfants du pays, ils sont originaires de Chicoutimi. Histoire de me mettre dans l'ambiance locale, je décide de me faire un costume pour l'occasion. Je trouve un rouleau de tape noir et je customise un de mes t-shirts en costume de fan.

Suzy, qui travaille à la librairie ici, me propose un lift pour me rapprocher du festival et on retrouve, au centre Toutout, Émy, dont on a fait le vernissage la semaine passée, et quelques autres personnes. On se dirige vers la Pulperie, le site du festival. La Pulperie, c'est un petit peu comme le Bois du Cazier : un ancien lieu industriel transformé à la fois en musée et en lieu d'accueil d'événements culturels. Il fait vraiment étouffant, il doit faire dans les 35-38 degrés, et on a très chaud. On retrouve plusieurs personnes qu'on connaît. Ce qui est marrant, c'est qu'il y a plein de gens qui, comme moi, se sont fait des costumes à l'effigie du groupe. Je me dis que ce serait marrant de collecter tous ces costumes, et j'ai justement un film dans mon appareil compact que je décide de consacrer à ça. J'espère que ce film donnera bien, parce que je ne connais pas l'appareil, et que ce serait vraiment une cool série d'images si elles sortent bien. Je vais donc voir toutes les personnes que je croise qui se sont fait des costumes et je leur demande si je peux les prendre en portrait. Tout le monde est vraiment de bonne humeur, très bon enfant et accepte. La chaleur fait fondre la colle du tape et je perds des pois toute la soirée.

Puis le concert commence. C'est quand même une grosse foule, il doit y avoir 4000 personnes — ce ne sont pas forcément les conditions que je préfère pour voir des concerts, mais c'est plutôt fun. Ils mettent carrément l'ambiance, les gens sont super chauds, c'est rigolo. Après ça, on traîne encore un peu, mais on ne rentre pas non plus très tard parce que le coup de chaud nous a vraiment crevés.

Vendredi 3 - fatigue !

Au réveil, c'est un peu dur. Je ne suis pas très en forme, déshydraté par les quelques bières que j'ai bues la veille et par l'immense chaleur. J'essaie d'abord de me reposer un maximum, puis je me décide quand même à bouger. Je prends mon vélo à la guidoline mauve et je vais retrouver un des nombreux ruisseaux, qui se trouve le long de la piste cyclable à 5 km du centre-ville. Je me pose un peu le long de l'eau, je fais quelques photos, je dessine un peu. Ça fait du bien, j'aime bien le bruit de l'eau — une espèce de bruit blanc assez apaisant. Je me fais la réflexion de combien l'eau est hyper importante ici : par la force qu'elle amène et qui permet le fonctionnement des industries, par les inondations qu'il y a eu à plusieurs reprises dans la ville il y a 30 ans. Et c'est encore plus marquant en ces jours de canicule. Je me rappelle qu'on est fait à peu près du même pourcentage d'eau que les concombres, à la différence près qu'on peut se déplacer et réfléchir (généralement).

Je ramène mon vélo et je prends la direction du festival : j'y vois Jashim, une artiste Québecoise d'origine colombienne, touchante et assez marrante, elle a l'air hyper contente d'être là. C'est un bon moment. Ensuite, il y a Etran de l'Aïr un groupe de blues saharien qui met le feu total.

Le festival se passe en deux parties : il y a les concerts jusqu'à 22h, et après on peut avoir accès à une deuxième partie de soirée avec des afters. Il y a un groupe que j'ai repéré qui joue un peu tard, et finalement je me dis : allez, pourquoi pas. Donc j'enchaîne sur cette after, toujours là-bas. Ça met un peu de temps à commencer, c'est chouette, mais à un moment je suis vraiment trop fatigué. Il est 2 heures du matin, je m'éclipse et je rentre.

Samedi - un jour en bof

Je commence vraiment à payer la fatigue des jours précédents. Je me lève tard, je n'ai pas beaucoup d'énergie, et je ne sais pas si j'ai envie d'aller au festival. Je me dis que si j'étais en Belgique, je crois que je n'y serais pas allé — je n'ai pas toujours le goût de me rendre dans des endroits avec autant de bruit, de monde, de chaleur. Bon, je finis quand même par m'y rendre, mais je vais juste voir un concert et je rentre tôt.

Dimanche : le retour de la guidoline

Je me lève super tard. Je crois que je me suis fait une nuit de presque 12 heures. Ça fait du bien. Je ne me sens toujours pas en super forme, mais je me dis qu'il faut que je me bouge, sinon ça n'ira pas mieux. Il fait moins chaud, la météo est pas mal. Je décide de prendre mon vélo et de me rendre à La Baie.

Je suis d'abord le Saguenay, et puis ça monte vraiment très fort. Je descends de mon vélo un court instant, et une fois arrivé au-dessus de la côte, je rentre dans un quartier résidentiel que je traverse, puis j'attaque le gros du trajet. Comme le paysage est sculpté par les ruisseaux et rivières affluents du Saguenay, ça monte et ça descend. La Baie se trouve à une vingtaine de kilomètres de Chicoutimi. C'est plutôt agricole, on sort assez vite de l'ambiance urbaine pour être plongé dans un paysage beaucoup plus champêtre. Les itinéraires sont souvent symétriques : on s'extrait de la cuvette dans laquelle se trouve Chicoutimi pour arriver sur un plateau, on roule un peu sur le plateau, puis on descend vers la prochaine destination. Je sais que ce sera la même chose au retour.

Arrivé à La Baie, je roule un peu à travers la ville, qui est assez paradoxal : d'un côté presque une station balnéaire, de l'autre le port où arrive la bauxite, le minerai d'aluminium qui vient du Brésil pour être fondu dans les usines d'aluminium de la région. Les installations sont disproportionnées, énormes. Il y a des trains chargés de lingots d'aluminium, tout est couleur rouille. Le côté balnéaire presque bourgeois et ce côté industriel, c'est assez étonnant.

Je pousse un peu plus loin, jusqu'à la Baie des Ha! Ha!, pour découvrir une œuvre de Jean-Jules Soucy dont on m'avait parlé. En commémoration des inondations de 1996, cet artiste local, conceptuel et rigolo, fanatique de jeux de mots, a créé une pyramide gigantesque à base de panneaux "céder le passage" (céder -> s'aider – ode à l'entraide survenue lors de la catastrophe). On m'a raconté plusieurs histoires rigolotes au sujet de cet artiste qui signe un poster "l'artiste Duchamp du singe" affiché dans le salon de la résidence.

Cette pyramide est l'extrémité de ma promenade et, sur le retour, je sors mon appareil moyen format pour faire quelques images des installations du port de La Baie, puis je me décide à attaquer le chemin du retour. Les côtes pour remonter le plateau sont un peu difficiles, mais ça se passe sans trop d'encombre. Je continue ma route, je prends un itinéraire légèrement différent, le long d'une plus grande route où il y a quelques enseignes que je photographie. Petit à petit, on arrive à la golden hour et la lumière est très belle. Je fais quelques photos là-haut sur le plateau, puis, arrivé à Chicoutimi, je prolonge encore un peu pour profiter de la lumière.

Je termine la soirée en me faisant un petit plat de pâtes, puis je vais me coucher, parce que j'ai fait 60 km mine de rien. Grosse journée, mais ça m'a fait du bien.

J'ai pris un peu de retard - entre autres parce que j'ai reçu mes scans du laboratoire photo, vous pouvez donc retrouver mes premières images argentiques sur mon instagram.

À bientôt pour de nouvelles aventures... un voyage vers Charlevoix est prévu ce week-end !