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# Une semaine de dessin
- URL: https://journal.nicolasbelayew.eu/une-semaine-de-dessin/
- Published: 2026-08-10T18:59:43.000Z
- Updated: 2026-08-10T18:59:43.000Z
- Author: Nicolas Belayew

Cette semaine est un petit peu différente, et je vais donc vous la raconter autrement que d'habitude. Nous sommes de retour au Saguenay, et c'est le moment pour moi de passer davantage de temps en atelier. Ce qui veut dire que j'ai beaucoup moins de choses à vous raconter sur les journées : ça ne serait pas très intéressant de vous détailler chacune d'elles, en tout cas pour cette semaine.

Les semaines précédentes, je me sentais un peu anxieux, j'avais l'impression de ne pas avoir assez avancé. J'ai donc décidé de consacrer cette semaine à mon travail artistique, et je pense que je vais continuer à me concentrer là-dessus dans les semaines qui viennent. Je ressens le besoin de mettre à profit mon temps de résidence, même si le cadre me permettrait d'être assez relax si je le voulais. Mais je me rends compte que c'est important de revenir avec des choses qui soient assez avancées.

Parmi les envies que j'avais pour cette résidence, il y avait celle d'explorer des choses que je ne fais pas d'habitude, et notamment d'employer des médiums ou des techniques que je ne maîtrise pas. Pour l'instant, deux axes se dégagent.

### Des grands dessins

Le premier, c'est le dessin grand format. Je dessine depuis longtemps — c'est une pratique que j'ai vraiment activée au moment de mes études à l'ERG, puis il y a eu une période plus creuse. Je l'ai reprise il y a trois ou quatre ans, à travers la pratique du carnet : j'ai toujours sur moi des carnets petit format, environ A6 (comme une carte postale), et j'essaie d'y dessiner régulièrement, sans trop me mettre de pression. Je me rends compte que cette régularité me permet à la fois de nourrir une base de données personnelle de dessins, et de m'entraîner, d'essayer de nouvelles choses.

Ici, l'envie de changer de format et de médium s'est petit à petit dégagée. J'ai d'abord essayé, en petit format, le lavis et l'encre de Chine. J'ai commencé par faire des choses qui ressemblaient à ce que j'avais fait auparavant, mais ça ne me plaisait pas : j'avais envie d'aller vers un geste plus spontané, plus brut. Le contexte climatique du moment — les incendies ici au Canada, la canicule en Europe — a joué sur les thématiques que j'ai eu envie d'aborder, et j'ai démarré une série de dessins qui expriment un peu tout ça. C'est nouveau pour moi de montrer l'impact que tout ça a sur moi ; je cherche encore la posture juste.

J'en suis arrivé à travailler à l'encre de Chine, sans croquis ni projection, sur du papier qui fait à peu près 50 par 70 cm, avec deux types de supports : un papier crème Fedrigoni, et un papier fluo — une sorte de support pour affiches publicitaires sérigraphié d'une couche d'encre jaune, rose ou verte fluo. Je n'ai pas encore de bonnes photos de ces pièces, j'ai prévu d'en faire plus tard cette semaine, mais on peut voir ici où ça en est.

Il y a deux aspects : d'une part, un dessin accompagné à chaque fois d'un texte, une phrase, comme une approche humoristique qui tente de jouer avec des sujets par ailleurs durs et importants. D'autre part, plutôt que d'utiliser mes techniques d'impression habituelles — sérigraphie ou risographie — j'ai pris le parti de redessiner plusieurs fois les mêmes choses. Le même sujet peut ainsi être répété, avec des compositions différentes et un trait qui change. Il y a une sorte de répétition obsessionnelle, qui correspond à ce que je peux ressentir à certains moments : si je pense à quelque chose, ça va me rester dans la tête, et le fait de le dessiner en itération fait miroir à ce sentiment.

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Travail en cours : meilleures photos bientôt ! 

### De la photo moyen format

Le deuxième aspect, c'est la photographie. J'ai repris la photo argentique à peu près au même moment que le dessin. J'ai longtemps travaillé avec des appareils compacts autofocus, donc tout automatiques. Puis je me suis acheté, il y a quelques mois, un appareil des années 80 — un Fuji moyen format, qui emploie une pellicule beaucoup plus grande, avec plus de détails. Un appareil bien moins automatisé, plus exigeant en prise en main, mais qui permet aussi d'obtenir des résultats très beaux.

Cet appareil me sert à explorer et documenter le territoire du Saguenay. Ce que je cherche, ce sont à la fois des éléments de structure ou d'architecture qui ont une qualité sculpturale — c'est un plaisir de regarder les formes — mais aussi la relation de l'humain à son territoire : la façon de s'y installer, d'y mener des activités industrielles, commerciales, d'y vivre, et le passage du temps. Une autre chose qui m'attire, c'est le rapport entre l'humain, le paysage et la nature. Je crois que ces enjeux font un lien avec l'autre projet entrepris, puisque les questions climatiques et écologiques sont inévitablement liées à la façon dont l'humain habite son environnement.

Au-delà de ces deux axes, il y a d'autres projets qui en découlent, dont je vous parlerai plus en détail plus tard — c'est mon approche de graphiste, où je vais exploiter les éléments produits en dessin et en photo à travers l'impression, la création de publications, et évidemment leur mise en espace. Ce seront les aspects sur lesquels je vais travailler dans les semaines à venir... en fonction du temps disponible.

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Quelques images récentes du Saguenay - Moyen format argentique

## Samedi

Ce week-end, on a décidé de s'organiser pour retrouver nos amis Marie et Olivier, deux artistes de Québec, qu'on n'avait pas vus depuis dix ans, avec qui on avait passé beaucoup de temps à l'époque. Olivier était venu en résidence à Bruxelles en 2011 ; nous étions allés, Maud Dallemagne et moi-même, en résidence à Québec en 2013 grâce à lui, au centre Engramme.

On décide de se retrouver à Baie-Saint-Paul. Avec Corinne, on traverse le parc des Grands Jardins, juste au sud de Saguenay — un trajet d'environ deux heures et demie — puis on arrive dans cette petite ville assez touristique, pleine de cafés et de galeries un peu kitsch. On les retrouve près de la plage, le long du Saint-Laurent. Ils sont avec leurs deux enfants qui, d'après leurs parents, ont parfois un peu d'anxiété à rencontrer de nouvelles personnes ; Marie et Olivier sont donc un peu inquiets de voir comment la rencontre va se passer. Mais en réalité, tout se passe bien, on passe un chouette moment. Il fait très chaud, on ne reste pas trop longtemps sur la plage, on fait un petit pique-nique à l'ombre des pins, on essaie de se baigner mais c'est très boueux dans la baie, alors on abandonne.

On profite d'être à Baie-Saint-Paul pour aller voir le symposium d'art contemporain auquel participe Martin Wautié, qu'on avait rencontré à Bang le week-end précédent. On visite le Musée d'art contemporain — une exposition temporaire, puis les collections permanentes, qui ne sont pas très grandes mais que je trouve assez chouettes, avec des pièces un peu étonnantes, curieuses. Ensuite, on va voir le symposium, qui a lieu tous les ans : une invitation à plusieurs artistes à travailler sur place, mais en résidence ouverte au public — au fil du mois d'août, le public vient découvrir l'avancement du travail. Une dizaine d'artistes sont présents, chacun explorant le thème du camouflage à sa manière. Le projet de Martin consiste à explorer sa propre disparition : il expérimente différentes façons de se fondre dans les décors qu'il crée, filme ça à l'aide d'une caméra 360°, ce qui donne des performances à regarder ensuite en réalité virtuelle, au casque.

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Martin Wautié à Baie-Saint-Paul

On passe un bon morceau de l'après-midi à rencontrer les artistes et découvrir leur travail, puis on convient de se retrouver à Québec avec Olivier et Marie — eux rentrent un peu plus tôt, les enfants étant fatigués. En route avec Corinne, on s'arrête d'abord le long du Saint-Laurent, à Petite-Rivière-Saint-François, joli village et un peu moins touristique que Baie-Saint-Paul (où il y a vraiment beaucoup de monde). Puis on fait une pause dans un casse-croûte pour manger une poutine au homard — parce que pourquoi pas, c'est la saison du homard, et les Québécois sont fans de poutine.

Arrivés à Québec, on repasse chez Marie et Olivier, on reste un petit moment chez eux, et les enfants réclament qu'on revienne le lendemain. Je crois qu'on ne leur a pas fait peur :)

## Dimanche

Après nous être levés, on quitte l'appartement que Pierre-Luc, un ami d'Olivier, nous avait prêté, et on se dirige chez eux pour prendre un café et faire une petite partie de Mille Bornes avec Mathis et Elias. L'après-midi, les enfants nous invitent à les accompagner pour une activité inattendue.

On laisse la petite famille vaquer à ses occupations, et on se rend avec Corinne au marché Jean-Talon de Québec — une sorte de grande brocante où on reste un bon moment. Malgré des négociations menées âprement, Corinne ne parvient pas à obtenir les cartes postales au prix qu'elle espérait. J'achète pour ma part quelques mugs, qui feront normalement partie de mon projet (je tease :)). On repasse par Limoilou, un quartier de Québec, on mange dans un snack vegan, puis on rejoint Marie, Olivier et les enfants pour une partie endiablée de mini-golf fluo. Imaginez une bande-son à base de musique gabber, le tout dans le noir avec des black-lights et une décoration à thème pirates, pharaons et dragons. Ça se termine par une petite crème glacée, des adieux et puis on reprend la route vers le Saguenay.

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C'est assez frappant : on traverse environ 200 kilomètres où il n'y a presque rien, que des sapins et des lacs, quasiment aucune habitation. On mesure combien le Saguenay-Lac-Saint-Jean est une bulle au milieu des forêts. À peu près à mi-chemin, on trouve un endroit pour se baigner, dans le lac Jacques-Cartier. Ça fait du bien, l'eau est agréable — mais Corinne se fait attaquer par des brûlots, des insectes assez déterminés qui la couvrent de piqûres. Ce ne sont pas des insectes qui piquent à proprement parler, mais qui mordent et injectent un produit anticoagulant pour se nourrir de sang. On arrive finalement à Chicoutimi pour une petite soirée lessive et organisation de la suite des événements.